
Une réflexion sur ce qu’on bâtit vraiment quand on marche aux côtés d’un jeune… longtemps.
Mardi soir, on était à Lachine. Pas pour une compétition de patin, mais pour les Mardis cyclistes. Et entre deux sprints, Vlad nous jase avec le même feu qu’à l’entraînement — sauf que là, il nous parle de son projet : Polywave Media, sa propre agence médiatique qu’il est en train de monter.
Mais ce qui m’a frappé, c’est pas la course. C’est de le voir là, entre moi et Amélie, plus grand que moi maintenant, nous parler de son entreprise comme s’il nous décrivait un nouveau programme libre.
Vlad, on l’a vu débarquer à l’API à 8 ans. Les yeux grands comme ça. Déjà sérieux sans être rigide. Déjà curieux de tout. Aujourd’hui, il pousse son sport à haut niveau, mais il développe aussi Polywave. Il n’a pas mis son sport sur pause. Il a appris à faire avec. Il construit, tranquillement, sa version de la performance.
Ça, pour moi, c’est pas un hasard. C’est le résultat d’un environnement où on ne dit jamais : « Tu dois choisir. » Un environnement où on apprend à jongler, à équilibrer, à respirer. Où le patin devient un lieu pour apprendre à être, pas juste à performer.
Je pense souvent à ça : ce qu’on accompagne vraiment. On pense que c’est une pirouette, un podium, un pointage… mais au fond, ce qu’on construit avec eux, c’est autre chose. C’est une capacité à se connaître, à se gérer, à se planter, à se relever. Ce sont des bases solides — pas juste un programme chorégraphié.
Accompagner au-delà de la performance, c’est pas un slogan. C’est ce qu’on essaie de faire tous les jours. Créer des conditions où les jeunes peuvent évoluer, pas juste performer. Où on prend le temps de les écouter, d’adapter, d’ajuster. Où on accepte que, parfois, le plus gros gain de la semaine, c’est pas un nouveau saut, mais une prise de conscience. Un moment où l’athlète comprend quelque chose sur lui-même.
Et ce que je trouve encore plus beau dans son cas, c’est que ça n’a jamais été « l’un ou l’autre ». Le sport ou l’école. Le sport ou la job. Le sport ou les amis. C’est un et. C’est ça qu’on essaie de transmettre, nous aussi : la possibilité d’un et.
Dans le fond, quand on écoute les Jeux, ce qui revient souvent chez les athlètes accomplis, c’est qu’ils ne font pas que du sport. Ils étudient, ils travaillent, ils lancent des projets… et pourtant, ils performent. J’ai toujours trouvé que les meilleurs sont souvent ceux qui savent naviguer dans plus qu’un monde à la fois. Et qui ont eu un entourage qui leur a appris que c’était correct de ne pas tout miser sur une seule carte, tant que tu restes debout et que tu avances.
Quand je vois Vlad, je me dis qu’on a fait notre job. Pas juste pour le patin. Pour le reste. Et peut-être que, justement… c’est ça, le cœur de notre travail.
Une réflexion signée Marc-André Craig / Directeur de l’Académie Performance Isatis


